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March 4, 2007
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Le bonheur est dans la presse

by ~DigitalPoet03

Personnages :
-Un éditeur
-Un journaliste
-Un propriétaire
-Deux lecteurs

(À noter que ces rôles peuvent également être attribués à des femmes)

Scène 1

L’éditeur et le journaliste sont dans la salle d’imprimerie de la presse, en train de réviser les articles pour l’édition du lendemain.  Les costumes sont des archétypes exagérés de la presse, si possible ajouter des tabliers plein d’encre.  L’éclairage est sombre avec un « spotlight » venant du haut, pour créer l’effet d’une de bureau, tard la nuit.

Éditeur : (en train de relire un article) Aujourd’hui se termine le sommet international des chefs d’États bla bla bla…. »  Il ne manque plus que le titre.  Quelque chose d’accrocheur ! De violent ! Il faut donner l’impression à nos lecteurs que ces sommets internationaux sont aussi excitants qu’un match de boxe.

Journaliste : Pourquoi pas « Négociations violentes chez les dirigeants » ?

Éditeur : Oui, c’est bon.  Maintenant, passe-moi donc le dernier article à revoir avant l’édition de demain.

Journaliste : Celui sur le kidnapping ?

Éditeur : Oui, celui-là !

Journaliste lui tend, éditeur lit à haute voix

Éditeur : « Disparition étrange à domicile.  Pierre Ménard, un paisible sexagénaire de la région, s’est mystérieusement volatilisé lors de la nuit de jeudi dernier.  Selon ce que son épouse confie, M. Ménard n’était qu’un camionneur ordinaire et il n’était pas dans ses habitudes de quitter son appartement la nuit.  Celle-ci supplie les ravisseurs de son mari de… »

(Il n’a pas le temps de terminer sa phrase, interrompu par le général qui entre en scène en claquant la porte)

Éditeur : Ah ! Mes respects, mon général. Quel bon vent vous amène ? (lui tend la main pour la serrer, le général l’évite)

Général : Le dernier article que vous lisiez ne paraîtra pas.

Éditeur : Je vous demande pardon ?

Général : Vous ne publierez pas l’article sur M. Ménard !

Éditeur : Et laisser ce scoop à la concurrence ? Vous n’y songez pas !

Général : Soyez assuré.  Cet article ne paraîtra ni dans votre journal ni dans celui de vos concurrents !  Personne ne sera au courant de la… « mésaventure » de ce M. Ménard.  

Éditeur : Et pourquoi donc ?

Général : Comment dire….M. Ménard comportait un certain danger pour notre pays.  Ce danger a été évincé.  

Éditeur : C’est outrageux ! Non seulement vous tenter de museler la presse mais en plus, vous liquidez des citoyens !

Général : Nous ne muselons pas la presse et nous n’avons liquidé personne.  Non seulement Pierre Ménard n’a jamais été enlevé mais il n’a jamais existé…Son nom figurerait autrefois dans nos archives par erreur.  Cette erreur a à présent été rectifiée. Et c’est justement pourquoi vous ne publierez pas cet article dans votre journal : ce serait une erreur.

Journaliste : Faire taire la presse ne sera pas la solution à ce problème.  Vous croyez que Mme Ménard se taira ?

Général : Mme Ménard ? Quelle Mme Ménard ? Mes dossiers m’indiquent qu’il n’y a jamais eu de Mme Ménard.  

Journaliste : Vous n’oseriez pas !

Général : Ne me faites pas rire, Messieurs ! Ne me dites pas que c’est la première fois qu’on vous met au courant de pareilles procédures ?

Éditeur : Où voulez-vous en venir ?

Général : Par exemple, le tremblement de terre de la semaine passée, vous vous en souvenez ?

Journaliste : Si.  Mon collègue était correspondant sur les lieux.

Général : Eh bien, il n’y a jamais eu de séisme.

Journaliste : Et comment expliquez-vous les secousses ?

Général : Ce tremblement, ou plutôt ce bombardement, a frappé un quartier qui posait des risques considérables.

Journaliste : Mais c’est un crime contre l’humanité !

Général : Hélas, mon cher, un crime qui n’a jamais eu lieu ! Aucun témoins, aucun corps retrouvé, personne de porté disparu et tous les médias ont tous parlé d’un affreux tremblement !  À présent, il est trop tard pour changer l’histoire.  La terre entière a été témoin d’un séisme mais personne n’a jamais parlé de bombardement !  Forcément, si on n’en parle pas, c’est que ça n’existe pas !

Éditeur : Vous êtes monstrueux !  Jamais nous n’obéirons à un individu tel que vous !

Journaliste : Vous ne pouvez pas nous empêcher d’écrire ! La liberté de presse est protégée par la loi !

Général : Mais bien sûr, cette liberté est achetable !  Le propriétaire de votre journal saura sans doute vous convaincre.  Entrez donc, cher collègue !

Le propriétaire entre en scène

Éditeur : Monsieur, dites-moi que c’est faux !

Proprio : Quoi donc ?

Éditeur : Que vous ne cédez pas aux pots de vins de cet escroc !

Proprio : Ce que vous devez comprendre, mon cher éditeur, c’est que le bonheur est dans la presse : en faisant ce que monsieur le général nous demande, celui-ci est heureux, je suis heureux et nos lecteurs sont heureux.  Ils sont heureux de savoir qu’ils vivent dans un monde sécuritaire où ces « droits » et ces « libertés » auxquels ils tiennent tant sont respectés. Ils sont soulagés de savoir que l’État s’occupe d’eux et qu’ils n’ont à s’inquiéter que de leurs petits tracas quotidiens.  Ce que vous devez comprendre c’est qu’à chaque jour, nous écrivons, publions et vendons l’utopie !  N’est-ce pas merveilleux ?

Éditeur : Ce ne sont que d’horribles mensonges !

Proprio : Eh bien, écrivez-moi un magnifique mensonge ! Écrivez-moi quelque chose de joyeux qui paraîtra demain à la place de la disparition de Pierre Ménard.

Général : (en sortant de scène, accompagné du propriétaire) En passant, cher collègue j’ai encore une faveur à vous demander….

Général et proprio sortent, éditeur et journaliste se remettent au travail, résignés, noir

Scène 2

Deux lecteurs, habillés en travailleurs (un col bleu, un col blanc si possible) lisent chacun un journal en attendant l’autobus/ le métro (soit mettre une enseigne d’autobus avec un banc, soit une pub sur le mur et une enseigne de station de métro).  Encore une fois, les costumes sont des exagérations d’archétypes.

Lecteur 1 : As-tu lu ça ?

Lecteur 2 : Non, quoi ?

Lecteur 1 : « Un itinérant gagne à la loterie.  Un sans abris qui s’était acheté un billet de loterie avec le peu de monnaie qu’il possédait est aujourd’hui millionnaire.  Dans un élan de générosité, celui-ci affirme qu’il se servira de sa nouvelle fortune pour bâtir de soupes populaires et des centres d’habitation pour les autres itinérants. »

Lecteur 2 : Enfin une bonne nouvelle !  Lire des choses comme ça, ça me remplit d’espoir !

Lecteur 1 : Oui, ça nous fait réaliser que c’est magnifique, la vie !
:icondigitalpoet03:
Une mini-piece ecrite pour le theatre social de mon universite. Presente devant public l'an passe.
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